Leishmaniose canine, diagnostic et traitement - La Semaine Vétérinaire n° 1913 du 24/09/2021 (2024)

Parasitologie

FORMATION CANINE

Auteur(s) : Mylène Panizo

CONFÉRENCIÈRE

ÉLODIE DARNIS,Dipl. ECVIM-CA, spécialiste en médecine interne, praticienne au centre hospitalier vétérinaire (CHV) Frégis, Arcueil (Val-de-Marne)

Article rédigé d’après une web conférence organisée par le CHV Frégis le 13 avril 2021.

La leishmaniose canine est une maladie vectorielle due à une infection par Leishmania infantum, un protozoaire transmis par les phlébotomes. Les zones endémiques se situent dans le Sud-Est et la Corse, mais une extension vers le Nord est constatée. D’autres sources d’infection de la leishmaniose ont été décrites chez le chien mais restent très rares: transfusion sanguine, contamination vénérienne ou in utero. Après la piqûre d’un phlébotome infecté, l’inoculation du parasite se fait dans le derme, puis pénètre dans les macrophages, se transforme et se reproduit, induisant la rupture des macrophages et l’infection à d’autres macrophages. Cette maladie nécessite un très bon suivi tout au long de la vie de l’animal et les traitements sont à adapter au cas par cas.

Prévalence sérologique versus prévalence clinique

Entre 5 à 10 % des chiens infectés développeraient des signes cliniques de la maladie, avec des races prédisposées (boxer, co*cker, rottweiler, berger allemand), avec deux pics de morbidité constatés: entre 2 et 4 ans, et au-delà de 7 ans. Deux profils de la maladie sont décrits:

- un état subclinique, nommé aussi «cliniquement résistant» : l’organisme contient l’infection, avec une prédominance d’une immunité à médiation cellulaire (TH1), associée à un faible taux d’anticorps. La plupart du temps, les parasites sont éliminés.

- un état clinique, dit «sensible», associé à une réponse immunitaire humorale (TH2) : dans cette forme, des sécrétions massives d’anticorps induisent une dissémination des parasites et la formation d’immuns complexes circulants qui sont pathogènes pour l’organisme – provoquant vascularites, glomérulonéphrites, uvéites, polyarthrites, etc.

Un état subclinique peut devenir clinique, par exemple lorsqu’un organisme devient immunodéprimé en raison de maladies concomitantes. Un chien peut devenir symptomatique à partir de 3 mois et jusqu’à 7 ans après un contact avec un phlébotome infecté.

Des présentations cliniques variées et non spécifiques

Les signes cliniques sont nombreux. Des symptômes généraux tels qu’un amaigrissem*nt, une cachexie, un abattement ou une dysorexie sont parfois constatés. Certains chiens ne présentent que des signes cutanés ou oculaires sans atteinte de l’état général. Une polyadénomégalie est observée dans 62 à 90 % des cas, et des signes cutanés dans 56 à 90 % des cas (dermatite exfoliative généralisée ou localisée, dermatite ulcérative, nodulaire ou papuleuse, onychogryphose). Des signes oculaires sont constatés dans 16 à 80 % des cas (blépharite, conjonctivite, kérato-conjonctivite, uvéite antérieure). D’autres signes sont décrits, comme une épistaxis, une maladie rénale avec protéinurie, une polyarthrite érosive ou non, une névralgie, une polymyosite. De façon anecdotique, des épanchements péricardiques, des myosites des muscles masticateurs, des méningites, des pancréatites, des colites chroniques sont décrits.

Une démarche diagnostique complexe et rigoureuse

Des analyses de première intention permettent de faire ressortir différentes anomalies(voir tableau 1),qui sont àcompléterpar des examens supplémentaires(voir tableau 2).Une PCR positive ne signifie pas que le chien soit atteint de la maladie, tandis qu'un résultat négatif au testSNAP ne suffit pas à exclure une leishmaniose. Il est essentiel de rechercher des co-infections par d’autres parasites tels qu’une ehrlichiose, une babésiose, etc.

Arbre décisionnel

Un guide complet sur la démarche diagnostique et la prise en charge de la leishmaniose canine est accessible gratuitement sur Internet1. Chez un chien non vacciné contre la leishmaniose et qui présente des signes cliniques, la démarche présente dans l’arbre décisionnel ci-contre est recommandée. La décision thérapeutique diffère selon les stades cliniques de la maladie(voir tableau 3).

Traitements

Plusieurs traitements sont possibles(voir tableau 4).

Suivi

Il est recommandé de réaliser une sérologie quantitative après six mois de traitement. Chez les chiens subcliniques, un suivi tous les 3 à 6 mois est conseillé. L’allopurinol ne doit jamais être arrêté brutalement, une diminution de la moitié de la dose sur trois mois est conseillée avant de l’arrêter si l’état de l’animal le permet. Les chiens malades sous traitement nécessitent un suivi un mois plus tard, puis tous les 3 à 4 mois.

Prévention

La prévention passe par l’utilisation d’un insecticide en topique (perméthrine en spot-on ou deltaméthrine en collier) et la sensibilisation des propriétaires. La vaccination est recommandée chez les chiens sains, de plus de six mois, vivant dans les zones à risque. Elle ne prévient pas l’infection mais réduit la probabilité d’apparition des signes cliniques. Les chiens vaccinés doivent recevoir une protection antiparasitaire. Le vaccin Canileish interfère avec les tests sérologiques (il est conseillé de réaliser une sérologie avant la vaccination) contrairement au Letifend.

Leishmaniose canine, diagnostic et traitement - La Semaine Vétérinaire n° 1913 du 24/09/2021 (2024)
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Author: Patricia Veum II

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